17 octobre 2025

Suivre le soleil pour cultiver la résilience : quand les trackers accompagnent l’agriculture

Loin d’être un simple choix technique, l’architecture d’un projet agrivoltaïque conditionne son lien à l’agriculture. Faut-il privilégier une structure fixe, simple et statique ou des trackers, capables de suivre la course du soleil et de s’ajuster aux besoins des cultures ? Derrière cette question se joue une vision : celle d’une agriculture vivante, adaptable, qui ne subit pas les aléas mais qui sache s’adapter.

Les trackers apparaissent comme des leviers pertinents pour concilier production d’énergie et production agricole. Plus qu’un choix technologique, ils sont une opportunité pour des exploitations agricoles plus rentables, plus économes, et mieux armées face au changement climatique.
Alors, sur quels paramètres les trackers jouent-ils ?

💧 L’eau : économiser chaque litre

L’intensité lumineuse agit directement sur l’évapotranspiration : plus il y a de lumière, plus les plantes et le sol perdent de l’eau. Dans un contexte où chaque litre compte, réduire ponctuellement le rayonnement, c’est économiser de l’eau. Plusieurs expérimentations montrent une diminution de 20 à 40 % de l’ET sous ombrage dynamique. Le stress hydrique s’atténue, les irrigations deviennent plus efficaces.
Les structures fixes laissent peu de marge d’adaptation. Elles peuvent créer des zones surchauffées et desséchées, ou à l’inverse, des bandes humides où les maladies s’installent plus facilement. À l’opposé, les trackers agissent en finesse : un peu plus d’ombre ici, un peu moins là, selon l’heure, le sol, la culture. L’eau et la lumière deviennent alors des flux pilotables, ajustables, rationalisables.

🌡️ Température : ralentir pour mieux mûrir

Les degrés-jours, qui traduisent la chaleur accumulée pendant le cycle de culture, accélèrent la maturation. Dans certains cas, trop vite. En viticulture par exemple, une montée trop rapide en GDD peut nuire à l’équilibre aromatique du raisin.
En modulant l’ombre, les trackers permettent de ralentir légèrement l’accumulation thermique, sans bloquer le développement. Cette capacité à réguler le microclimat est un levier précieux pour ajuster les cycles, préserver la qualité, et adapter les itinéraires techniques à l’année en cours.

☀️ Lumière : une énergie à doser

Le soleil est indispensable, mais jusqu’à un certain seuil. il peut aussi brûler. En effet, aujourd’hui sur de nombreuses cultures, on observe les effets d’un rayonnement devenu excessif : photoinhibition, dégradation des pigments, brûlures foliaires et perte de rendement.
Les structures fixes, avec leur inclinaison rigide, projettent la même ombre toute la journée. Résultat : certaines zones restent à l’ombre en permanence, d’autres reçoivent le rayonnement direct sans interruption. Ce contraste peut amplifier les déséquilibres thermiques et lumineux, notamment en période de canicule. L’ADEME alerte d’ailleurs sur cette limite : les systèmes fixes ne permettent pas de moduler l’ensoleillement en fonction des besoins agricoles. L’institut Fraunhofer appuie également l’argument sur lequel les panneaux fixes n’offrent que très peu de marge de manœuvre en cas d’excès lumineux dans certains bassins de production, là où des trackers peuvent rééquilibrer la répartition lumineuse.
C’est ici que le pilotage des trackers prend tout son sens : en faisant varier l’inclinaison des panneaux, on obtient un « ombrage tournant » : une lumière mouvante, plus diffuse, plus homogène. Cela permet de réduire les pics de chaleur, tout en maintenant un éclairage suffisant sur l’ensemble de la parcelle. La température foliaire baisse, la photosynthèse se stabilise, et la culture peut se développer dans des conditions plus équilibrées.

📱 Une technologie pilotée… mais surtout maîtrisée

Le pilotage est paramétré par un algorithme – intégrant météo, capteurs et stades de développement – mais il peut aussi être confié à l’agriculteur, permettant un pilotage sur-mesure : il garde la main sur la position des panneaux, dans la limite d’un taux d’effacement convenu à l’avance (souvent entre 10 et 15 % de perte énergétique annuelle).
Ce fonctionnement hybride est un atout majeur : il permet de faire co-exister les exigences de l’énergie et les besoins agronomiques de la culture, en offrant une flexibilité précieuse à l’exploitation. L’agriculteur devient acteur de la gestion lumineuse.Il oriente les panneaux selon le moment, la météo, les besoins physiologiques de la plante. C’est lui qui choisit ce qui est le plus cohérent pour son système de production.

🌱 Une emprise agricole compatible avec l’avenir

Les trackers, par leur espacement plus large, présentent souvent une emprise au sol plus faible que les structures fixes : leur taux de couverture (GCR) est généralement compris entre 25 % à 35 %, contre plus de 45 % pour des installations fixes classiques. Cela facilite la circulation des engins, le pâturage, et surtout, préserve la liberté de l’agriculteur sur ses rotations.
Dans le cadre réglementaire actuel, qui fixe un plafond de couverture à 40 % pour les cultures annuelles, cette configuration est un avantage clair. Elle permet de développer une production photovoltaïque sans figer les usages agricoles pour plusieurs décennies.

⚡️ En résumé : un choix d’orientation…

Les structures fixes peuvent convenir sur des terrains agricoles peu exploités mais n’offrent aucune possibilité d’adaptation aux besoins agricoles.
Dans une approche réellement agro-centrée – où la priorité est donnée à la co-existence fonctionnelle entre l’énergie et l’agriculture – les trackers ouvrent d’autres perspectives.
Les trackers ne se contentent pas de suivre le soleil : ils accompagnent les cultures. En permettant de produire énergie et agriculture sur un même espace, ils dessinent une voie d’avenir : celle d’une agriculture résiliente, pilotable et souveraine.

 

Références :
ADEME (2023). L’agrivoltaïsme : définitions, enjeux et recommandations.
Fraunhofer ISE (2021). Agri-Photovoltaics: High-tech synergy for food and energy.

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