En parcourant des permis de construire, des études agricoles ou des supports de communication de projets agrivoltaïques, on tombe souvent sur le même type d’illustration : un tracteur, une faucheuse, et de grands espaces apparemment disponibles sous les panneaux.
L’objectif est clair : montrer que la mécanisation reste possible, que la perte de surface productive est minime et que l’exploitation peut se poursuivre “comme avant”.
Une autre valorisation que le pâturage ovin, présentée comme parfaitement compatible avec ces dispositifs.
Sur le papier, pourquoi pas. Mais dès que l’on observe ces schémas avec un regard un tant soit peu ancré dans la réalité d’une prairie exploitée, plusieurs problèmes apparaissent immédiatement.
Nous en distinguons au moins trois :
1. Un angle mort… dangereux et coûteux
Pour une meilleure visualisation, EFEA a modélisé la scène depuis le poste de conduite :
Conduire un tracteur moderne est plus simple qu’avant. Conduire un tracteur moderne à l’aveugle, avec une moitié de faucheuse dans l’angle mort, un outil oscillant, et des poteaux métalliques proches de la trajectoire… beaucoup moins.
Quand on connaît le coût des réparations sur ce type de matériel, et l’impact de son indisponibilité en pleine fenêtre météo, il devient difficile d’envisager sérieusement un chantier de fauche dans une telle configuration.
Quant aux systèmes de guidages, rappelons qu’ils équipent surtout les fermes de grandes cultures. Dans les exploitations d’élevage herbager généralement ciblées par les développeurs, on trouve rarement ce type de technologie sous les hangars…
2. Les prairies ne sont pas des terrains de golf
Les faucheuses déportées ont…un déport important. Et les prairies ne sont pas parfaitement planes. Même nivelées à l’implantation, elles évoluent rapidement : des touffes épaisses, des ornières ou des tassements localisés apparaissent.
Cette hétérogénéité naturelle existe partout ; sous des ombrières fixes, elle risque d’être amplifiée. Le résultat, c’est un sol dont les irrégularités sont transmises au tracteur et… à la faucheuse.
Sur un outil pendulaire, un simple cahot sous les roues du tracteur peut provoquer un rebond significatif au niveau du disque ou tambour extérieur.
Avec un outil à quelques centimètres du bas des panneaux ou à proximité d’un poteau de structure, l’équation devient vite intenable.
3. Produire du foin… à l’ombre ?
Même si le chantier de fauche était techniquement réalisable, reste la question de sa pertinence agronomique.
Les grandes cultures sous ombrières fixes seraient une bizarrerie dont la plupart des développeurs nous préservent aujourd’hui. Pour illustrer des travaux agricoles mécanisés, ils choisissent donc logiquement des outils de prairie : faucheuse, faneuse, andaineuse.
Or ces outils servent à produire… du foin. Une technique de conservation basée sur le séchage homogène des fourrages.
Même en étant équipé d’un séchoir en grange, un préfanage minimal au sol s’impose, on ne récolte pas une herbe fraîchement coupée encore saturée d’humidité. La production d’un bon foin repose sur un séchage homogène, par définition incompatible avec une zone d’ombre fixe.
L’idée de “mettre en avant la mécanisation en prairie” revient donc souvent à défendre, en creux, la possibilité de produire du foin qui sécherait… à l’ombre. Une contradiction que les schémas ne montrent pas, mais qu’un œil avisé repère immédiatement.